La bienveillance comme chemin vers la santé
Dans son dernier ouvrage, The Power of Caring, le Dr Tony Nader met en lumière l’importance fondamentale de la bienveillance et du « prendre soin ».
En anglais, une distinction intéressante existe entre to cure et to care.
To cure signifie soigner, tandis que to care signifie prendre soin. Soigner est généralement associé à une intervention, à un acte médical. Prendre soin renvoie davantage à une présence, une posture envers l’autre. D’un côté, il y a les soignants et de l’autre, les aidants, ceux qui prennent soin et accompagnent.
Pourtant, ces deux dimensions sont profondément liées.
La bienveillance, une force qui agit sur la physiologie
La bienveillance — et, à un niveau encore plus profond, la compassion, l’amour — possède une valeur thérapeutique qui mérite d’être considérée.
Une expérience connue menée sur des lapins illustre cette idée. Les animaux recevaient des substances destinées à provoquer une réaction pathologique, afin d’observer leur système immunitaire. Or, contre toute attente, l’un des lapins ne développa pas de maladie et continua à vivre bien au-delà de ce qui était attendu.
Une investigation approfondie mit alors en évidence une différence dans la manière dont ce lapin était traité. Le laborantin qui lui administrait les substances avait avec lui une attitude particulière : il le prenait dans ses bras, le caressait, le manipulait avec douceur et lui manifestait beaucoup d’affection.
Cette anecdote illustre une question essentielle : la manière dont nous prenons soin d’un être vivant peut-elle influencer profondément sa physiologie ?
Cette question trouve une réponse particulière dans l’Ayurveda.
L’ Ayurveda : soigner et prendre soin
Dans l’Ayurveda, soigner et prendre soin ne sont pas deux approches séparées. Elles participent d’une même vision de l’être humain. Tout acte devrait trouver son origine dans le niveau le plus profond de la conscience et rester relié à cette source, afin d’être en accord avec les lois de la nature.
Le mot Ayurveda lui-même nous invite à cette réflexion. Il est formé de Veda et de Ayu.

Ayu représente la vie dans ses différentes expressions : le corps, la physiologie, les sens, le mental et tout ce qui constitue notre expérience quotidienne.
Veda, quant à lui, renvoie à la connaissance, à la conscience. Dans la perspective védique, Atma, la conscience pure constitue le niveau fondamental à partir duquel s’exprime toute la physiologie.
Atma, Veda, Sharir, Vishwa, Brahm (cf Human Physiology: Expression of Veda and the Vedic Literature du Dr Tony Nader)
On peut prendre l’image d’un arbre. Nous voyons son feuillage, ses branches et son tronc. Ils représentent ce qui est immédiatement perceptible : le corps, la physiologie, le mental et les différentes expressions de la vie. Mais sous la terre se trouvent les racines, invisibles, qui nourrissent et soutiennent tout l’arbre.
Les racines représentent Veda, la conscience.
Ainsi, lorsque nous nous concentrons exclusivement sur le corps, comme peut le faire une approche strictement médicale, ou uniquement sur le mental comme le fait la psychologie, nous risquons d’oublier ce qui les relie et les nourrit : leur source commune, la conscience pure.
La bienveillance commence par le Soi
Cette compréhension rejoint également l’enseignement de Maharishi Patanjali, dans l’ouvrage le Yoga Sutra. L’amitié, la compassion sont mentionées dans les sidhis à développer (ch I.33 & III.24). Cette qualité peut être véritablement nourrie lorsqu’elle prend sa source dans le niveau le plus profond de la conscience : le quatrième état de conscience, le samadhi ou conscience auto-référente.
Prendre soin des autres sans être relié au Soi, sans prendre soin de Soi, peut progressivement conduire à l’épuisement, au burn-out.
C’est une problématique que l’on peut notamment observer chez les professionnels dont l’activité consiste précisément à aider les autres : lorsque le don de soi devient permanent et que les ressources intérieures ne sont pas renouvelées, la bienveillance elle-même peut devenir source d’épuisement.
C’est pourquoi prendre soin commence d’abord par le Soi
L’Ayurveda propose justement de réunir ces deux dimensions : soigner et prendre soin, agir sur la physiologie tout en considérant la personne dans sa globalité et en la reconnectant à sa source intérieure, la conscience pure, le Soi.
La Marmathérapie : retrouver l’énergie vitale
La Sukshma Marmathérapie Maharishi s’inscrit dans cette approche. Elle travaille sur les marmas, points essentiels du corps, d’une façon à favoriser la libre circulation du Prana, l’énergie vitale.
Au cours de la vie, certaines expériences peuvent laisser des traces dans notre physiologie et perturber cette circulation. Le travail sur les marmas cherche alors à favoriser un retour vers l’équilibre et l’harmonie. Il ne s’agit donc pas seulement de « faire quelque chose » au corps, mais de permettre à la personne de retrouver progressivement ses propres ressources et son équilibre intérieur.
Vivre en accord avec les lois de la nature
Une idée présente dans la tradition ayurvédique résume admirablement cette vision :
Pour celui qui vit en conflit avec les lois de la Nature, le monde devient un ennemi. Pour celui qui vit en accord avec les lois de la Nature, le monde devient un professeur. -Maharishi
L’enjeu est donc d’apprendre à vivre en harmonie avec les lois de la nature et, plus profondément encore, à retrouver la Loi Naturelle, l’aspect unifié des lois de la nature, notre propre nature.
L’Ayurveda utilise pour cela le terme Svastha : être établi dans son propre Soi.
La Sushruta Samhita donne une définition particulièrement complète de la santé.

Cette définition ne réduit pas la santé au bon fonctionnement du corps. Elle inclut également le mental, les sens et, surtout, le Soi.
C’est là que se trouve le véritable sens de caring, la bienveillance : prendre soin de l’être humain dans sa totalité, en commençant par soi-même et en retrouvant la source profonde de l’équilibre, le Soi.

Soin marma donné en EHPAD à ma belle-mère de 101 ans

